NEPAL : Les coulisses du Carnet de voyage à l’aquarelle

Ce que les aquarelles ne montrent pas — ou presque : Un mois au village. Un an à dessiner. Voilà les vraies coulisses du carnet de voyage aquarelle Népal.

Sur place ou d’après photos : le grand débat

Dans le milieu des carnetistes, la question revient souvent. Un vrai carnet de voyage, ça se fait sur le motif — crayon en main, en temps réel. Ou alors non : la photo est un outil légitime, une mémoire intermédiaire, et l’aquarelle peut venir après.

J’ai fait les deux. Et j’assume.

Voyager, pour moi, c’est d’abord vivre l’aventure. Parfois je ne peux pas m’arrêter. Je prends une photo, ou je garde l’instant en mémoire, et je dessine plus tard. D’autres fois, j’ai le temps — et là, je m’imprègne vraiment du lieu.

Ce n’est pas une question de rigueur ou de facilité. C’est une question de disponibilité, et de ce qu’on veut vivre sur le moment.

Un mois sur place, trois ou quatre aquarelles en direct

Je suis restée un mois au village. Sur tout ce séjour, j’ai fait trois ou quatre aquarelles directement sur site.

La maison de Singa, notamment — installée près de l’étable, là où j’avais une belle vue dégagée sur la façade. La maman de Singa est passée, a regardé l’endroit où je m’étais posée, et a lâché avec le plus grand naturel : « Pourquoi tu restes là ? Ça ne sent pas bon, près de l’étable. »

Elle n’avait pas tort. Mais de là, la vue était parfaite.

Pike Homestay

Ces moments-là ont quelque chose de particulier. Le temps s’étire. On regarde autrement. L’aquarelle qui en sort porte tout ça — pas seulement ce qu’on voit, mais ce qu’on ressent en restant là.

Les photos : capter pour dessiner plus tard

Le reste du carnet s’est construit d’après photos, prises au fil du séjour. Pas pour documenter — pour retenir. Le grand-père qui tresse son panier, la vallée, la récolte des fougères, des instants saisis parce que la lumière était juste, ou parce que quelque chose dans la scène méritait d’être gardé.

Sur le moment, m’arrêter pour sortir les pinceaux n’était pas possible — ou n’aurait pas eu de sens. La photo prend deux secondes. L’aquarelle vient après.

Ce qu’on ne photographie pas

Et puis il y a ce que je n’ai pas photographié non plus. La puja — une cérémonie familiale de bénédiction. Sortir un appareil à ce moment-là, ne m’a pas semblé adéquat.

Et les moment où je n’ai pas eu le temps de prendre une photo : Une jeune femme lavant son linge sur le sentier, la voiture cahotant sur le chemin…

Alors j’ai regardé, j’ai mémorisé, et j’ai reconstruit le dessin plus tard depuis les souvenirs.

Le forgeron : une aquarelle donnée, une aquarelle refaite

Il y a une page du carnet qui a une double existence. Le forgeron. Je l’avais dessiné sur place, aquarelle directe. Et je lui ai donnée en cadeau avant de repartir.

De retour en France, j’ai refait la même scène d’après photo. Pas tout à fait la même — une aquarelle ne se répète jamais exactement. Mais celle du carnet existe grâce à celle qui n’y est plus.

Un an de création, une page par semaine

Rentée en France, le travail a vraiment commencé. Pendant un an, j’ai publié les aquarelles au fur et à mesure sur Facebook — une page par semaine, comme je l’avais fait pour le carnet Cuba.

Un an. C’est le temps qu’il a fallu pour transformer un mois de vie dans un village tamang en un carnet complet.

Ces publications étaient attendues. Par des amis népalais qui se reconnaissaient, qui retrouvaient des lieux familiers.

Par des voyageurs déjà conquis par le pays, qui suivaient depuis l’autre bout du monde.

Ce public-là a accompagné la création semaine après semaine, bien avant que le carnet existe en tant qu’objet.

C’est dans ce contexte que Singa et moi avons rapidement évoqué l’idée : vendre le carnet aux touristes de passage au village, et reverser les bénéfices à l’école élémentaire. Une évidence, presque.

Le moment que je n’attendais pas

Quand j’ai montré le carnet terminé à Singa et à sa famille, je ne savais pas vraiment ce qu’ils allaient en penser. Mon regard d’Occidentale sur leur vie. Est-ce que j’avais su voir juste ?

Ils se sont reconnus. Dans les visages, dans les gestes, dans les détails du quotidien. Il y a eu de la joie — franche, directe. Et un soulagement de mon côté : j’avais regardé sans dénaturer, sans stigmatiser, sans en faire plus que ce que c’était.

C’est le retour le plus simple et le plus fort qu’on puisse recevoir.

carnet de voyage Un été dans un village Tamang

Un carnet de voyage illustré n’est pas une carte postale. Ce n’est pas non plus un documentaire. C’est un regard personnel, assumé — qui essaie de rendre hommage à ce qu’il voit sans prétendre à l’objectivité. Dessiner quelqu’un, c’est lui accorder du temps et de l’attention. Les gens le sentent.

La joie d’être représenté avec soin n’appartient pas qu’à celle qui dessine.

Tu peux retrouver ce carnet sur amazon ou me le demander en direct si tu souhaites une dédicace

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